Le réveil de Charles-Antoine sonne à six heures ce matin dans le Grenier des coeurs. Pour la première fois en sept matins, nous avons froid : une bonne occasion de sortir les gros pulls, qu'on a souvent eu l'impression de porter pour rien. Le petit déjeûner est froid pour éviter de perdre du temps à lancer le campingaz : yaourt, biscuit et jus d'orange. Nous faisons brièvement escale à la boulangerie au pied de Lauzertes, mais notre plus petite (et unique) coupure est un billet de 50 euros, sur laquelle la boulangère n'a pas de monnaie. Nous attendrons donc Dufort-Lacapelette pour croquer dans une baguette.
La route jusqu'à Moissac est facile, mais elle se divise en deux temps :
- une première moitié jusqu'à Dufort agréable, dans des paysages champêtres. Nous marchons assez longtemps dans la compagnie de Roland et Alexander. Roland nous raconte sa vie : c'est en faisant sa première communion qu'il a pour la première fois ressenti le désir d'être prêtre. Puis il a enchaîné : école, service militaire, séminaire. Et il est prêtre depuis 13 ans. Nous parlons ensuite surtout de l'armée avec lui : "15 mois de ma vie perdus", résume-t-il avec malice puis de ce qu'il reste des nationalismes en France et en Allemagne. Il nous dit par exemple que, si la mémoire des soldats allemands est présente dans les églises du pays, elle s'est fait de plus en plus discrète au fil des conflits récents. En 1870, le soldat est le héros, protecteur de nos village, en 1914 c'est plus sobre, et, en 1940, on se contente de citer les morts et de prier pour eux. Nous comparons ensuite avec les habitudes françaises. Le 14 juillet à la française lui rappelle les grands défilés militaires soviétiques, alors qu'en Allemagne, le 3 octobre est plutôt une fête folklorique. Enfin, la violence des paroles de la Marseillaise et la présence de Marianne dans les mairies (qu'il a vue lors d'un mariage civil à Toulon) le font sourire. Quel est ce culte ?! -nous demande-t-il.
- une second moitié qui longe souvent la route puis le chemin de fer quand on arrive vers Moissac. Le pire est encore à venir quand on a vu le panneau MOISSAC : une longue traversée d'une ville qui n'est pas belle (hormis les environs immédiats de l'abbatiale Saint-Pierre) nous attend. Heureusement, pour nous, il n'était que treize heure et la journée n'avait pas été trop difficile.
Santiago 2008 : terminus de notre route
Une fois arrivés sur el parvis de l'abbatiale, nous revoyons Vincent et ses septs neveux, frais et dispos, puisqu'ils sont arrivés la veille. Ils ont en effet gagné une étape en évitant Cahors. Ils nous disent qu'en échange de leur force de travail et de 5 euros symboliques, ils ont passé la nuit au Centre international du carmel de Moissac, propriété du club albin. Nous nous inspirerons d'eux. Puis, nous croisons nous compagnons de toujours : les deux flamands qui nous précèdent, les deux allemands qui nous suivent.
Nous nous rendons au club albin, envahis pour les pèlerins (nous faisons la queue vingt bonnes minutes!). Là, nous tombons sur deux hospitaliers charmants (ils sont quatre au total). Ils nous propose le camping (derrière l'ancien carmel) en échange de la plonge pour la trentaine de convives le soir même (leur lave-vaisselle vient de tomber en panne). Marché conclus. Gautier rend un petit service en traitant au téléphone le problème d'un allemand, pas très à l'aise en anglais, qui a laissé son sac à la bagagerie (et dont il ne sait plus à quoi il ressemble) et a rejoint l'étape suivante avec le sac d'un autre...
Nous n'avons ensuite pas trop de toute l'après midi pour découvrir le site fabuleux de Moissac, qui selon Gautier, est encore plus intéressant et riche que Conques. Trois trésors à découvrir dans l'ancienne abbaye : - le portail et son immense tympan. Les scuptures de Jérémie, de Saint Paul, du Christ en majesté ou encore des vingt-quatre vieillards de l'Apocalypse sont parmi les plus belles qu'ils nous ait jamais été donné de voir - de nombreuses statues polychromes (en pierre et en bois) à l'intérieur de l'abbatiale, principalement du quinzième siècle. Avec notamment une fuite en égypte, une vierge de douleur (accompagnée de Saint-Jean et de Marie-Madeleine) et une mise au tombeau de toute beauté - le fameux cloître de 1100, bien sûr, avec ses 76 chapiteaux bien conservés (même si presque toutes les têtes ont été fracassées à la Révolution Française), dont 46 sont historiés et seulement 30 ornementaux, mais aussi ses dalles de marbres aux angles représentant des Saints grandeur nature. Nous avons la chance d'avoir un guide du cloître très intéressant.
Laissons parler les images :
Le tympan de l'apocalype. Une merveille de sculpture romane (les détails sont magnifique et non visibles à l'oeil nu, il faut consulter des livres)
Jérémie, chef d'oeuvre du trumeau monolithique du portail de l'abbaye Saint-Pierre
Un des chapiteaux du narthex (encore plus beau que ceux du cloître)
Un des chapiteaux du cloître (c'est l'un des rares où les têtes n'ont pas été fracassées)
Quelques chapiteaux du cloître de Moissac
Le cloître : vue générale. Au centre, sur la dalle de marche, un abbé de Moissac
Nous parlons beaucoup, durant l'après-midi, avec Peter, qui connaît remarquablement bien la France et son patrimoine religieux. Le soir, nous mangeons un kébab devant le portail de l'abbaye et nous profitons encore du spectacle fascinant offert par les statues. Puis nous saluons Arlette et Daniel que nous quittons (ils continuent, eux, jusqu'à Condom), Enfin, nous rentrons à l'hôtel où une grosse vaisselle nous attend. Le lendemain matin, dimanche 10 août, nous nous réveillons sur le sable de notre camping improvisé, à côté du cloître. Comme nous l’avait demandé Roberto, nous sommes dans la cuisine à 7h30 pour faire la vaisselle du petit déjeuner. Il nous invite à prendre un petit déjeuner (sponsorisé par les pruneaux d’Agen). Nous nous attablons donc à côté des deux allemands, peu matinaux, qui ne sont pas encore partis. Puis nous nous plongeons dans la plonge : après la répétition générale de la veille, les réflexes sont affûtés : Charles-Antoine à l’éponge, Gautier au torchon. Puis nous prenons congé de nos quatre charmants hôtes, replions la tente et mettons nos sacs dans la bagagerie. Nous nous rendons à la messe dans l’église de Moissac, puis nous prenons notre TER pour Montauban, où nous nous séparons… Charles-Antoine reste trois jours de plus dans le Tarn, chez l’illustre Xavier Cormary (cf Vaylats !), tandis que Gautier rentre à Reims.
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