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Comme la nuit a été écourtée par l'orage et que nos chaussures sont trempées, nous prenons notre petit déjeuner et nous replions la tente chargée d'eau avec un enthousiasme très relatif. D'autant plus que deux kilomètres séparent le camping du centre du bourg, que nous devons rejoindre pour retrouver le GR 65 (presque une demi-heure de marche, le sac sur les épaules!) Nous franchissons le pont Valentré (chef d'oeuvre d'architecture militaire médiévale qui a fait reculer plus d'un assaillant) avant de nous souvenir douloureusement qu'en plus d'être bâti dans une boucle, Cahors est dans une cuvette : jolie grimpette en perspective ! La montée attendue arrive bientôt : il faut gravir des marches.
 Vue du pont Valentré à Cahors après avoir franchis un petit raidillon
Heureusement, si le ciel est triste, la route est belle et nous poursuivons notre découverte dans le Parc naturel régional des Causses du Quercy et ses chênes omniprésents. La marche est pénible, nos jambes sont un peu lourdes : voilà deux nuits que nous avons peu dormi pour cause d'orage. Nous faisons notre première pause à 10h30 avec Odile, Marylène et Chantale qui nous offre des pruneaux. Puis, alors que nous n'avions pour cette journée aucun ravitaillement, la chance nous sourit sous les traits d'un boulanger ambulant dans sa camionnette. Nous lui prenons deux baguettes que nous enfilons dans nos tapis de sol roulés.
 Un chemin du Quercy, comme on en traverse pendant 5 jours
Sur la route, un boulanger ambulant et providentielUn peu, plus loin, au milieu de villages perdus, nous nous arrêtons une bonne demi-heure pour nous empiffrer de mûres. Il est treize heures et nous ne sommes pas arrivés, ce dont nous ne sommes pas coutumiers quand l'étape est courte. Heureusement, une longue descente nous redonne de l'énergie et nous arrivons en début d'après-midi aux portes de Lascabane, charmant petit village qu'entourent d'immenses champs de tournesols éclatants. Nous nous asseyons sur un petit pont pour déguster notre traditionnel sandwich au pâté et chanter quelques chansons, profanes, pour une fois.  Une blackberry party
Nous nous mettons ensuite en quête d'un endroit où passer la nuit (nous étions partis à l'aventure!). Il n'y a en effet aucun camping dans Lascabane, qui est un village minuscule. Nous nous rendons au gîte d'accueil des randonneurs, résolus de planter la tente dans les environs et de profiter de la compagnie des pèlerins. Nous parlons avec les deux allemands, assez longuement. Puis avec Odile, qui nous raconte des choses très intéressantes sur la Lorraine : toutes les personnes de plus de 50 ans y parlent parfaitement le français comme l'allemand (les langues que leurs parents leur ont appris l'allemand), alors qu'aujourd'hui les jeunes ne parlent et n'apprennent plus dans les écoles que le français. Elle nous parle aussi du patois lorrain, un dérivé de l'allemand (où les a deviennent des o et les schlap des schlop, entre autres transformations) qu'elle maîtrise également avec les gens de sa génération, mais qui tombe en désuétude Puis nous parlons de l'alsacien (un dialecte qui est lui populaire auprès des jeunes) proche du patois lorrain (qu'elle comprend) et de l'allemand, ou plutôt "des allemands", puisque nous dit-elle, l'allemand diffère fortement d'une région de l'Allemagne à l'autre (de même que l' "alsaco" diffère du lorrain), à tel point que les allemands ne se comprennent parfois pas entre eux ! Pour finir ce très complet cours de culture linguistique germanique, nous parlons du luxembourgeois, qui l'amuse beaucoup même si pour elle ce n'est pas une langue à part entière (mais encore un dérivé de l'allemand, dans un autre style). C'est alors qu'arrive le propriétaire du gite. Il nous propose la formule suivante : pour 5 € chacun, nous campons dans le jardin et avons accès aux douches. Nous acceptons. Mais, très généreusement, Roland, qui tient absolument à ce que nous participions au repas du soir au milieu des pélerins nous invite. Le repas est aussi généreux que Roland : des melons en abondance, un délicieux poulet en sauce avec des oignons et du blé concassé , un crumble maison et une boule de glace. Nous mangeons pour trois jours !  La tablée au gite (CA en grande conversation avec Roland)
Un quatuor aveyronnais
Georges, qui connaît par coeur le chemin (pour avoir fait certains tronçons 5 ou 6 fois)
Au moment de payer notre camping et de faire tamponner notre créanciale, nous apprenons que Daniel et Arlette nous offre le petit déjeuner. Les pèlerins sont décidément très généreux (ou alors, nous avons vraiment des visages affamés qui incitent à la pitié...).
C'est avec le couple genevois que nous nous lançons dans une belle leçons sur la Suisse, dont voilà ici les grandes lignes (c'est comme Wikipédia, le vécu en plus) : - 7 millions d'habitants, 4 langues : l'italien, le français, l'allemand, le romanche (rare et parlé plutôt) dans les petits villages de montagne ; - Chassons une idée reçue fausse. La Suisse n'est pas toute entière montagneuse. On y distingue une plaine, dans la région de Genève, les pré-Alpes (plus à l'Est) et encore plus à l'Est les Alpes ; - les grandes entreprises du pays ont leur siège social en suisse alemande (si Berne est la capitale administrative, la capitale économique est Zürich, en suisse allemande, qui est aussi la ville la plus peuplée : un million d'habitant avec l'agglomération, le double de Genève ou Bâle). Quand à Genève, c'est surtout une ville internationale, avec l'OMS et l'ONU. - la presse est beaucoup plus libre en Suisse qu'en France. Par exemple, les genévois ont su très tôt (avant nous) tous les potins entre Nicolas Sarkozy et Carla Bruni...
Puis les deux flamands nous rejoignent pour une discussion plus délicates puisque nous leur posons des questions politiques. (J'essaye de transcrire fidèlement ce qu'il m'a dit avec beaucoup de prudence). Le mari nous développe la situation en Belgique en 2008 de manière détaillée. C'est très compliqué. Il affirme que 70% des flamands comme des wallons ne connaissent pas bien le système actuel de gouvernement : en plus du gouvernement fédéral, il existe un gouvernement propre pour la moitié flamande, un autre pour la partie francophone, un pour Bruxelles et au moins encore un autre. Il ne croît pas au rattachement de la Wallonie à la France. La Wallonie est une région assez pauvre, qui a actuellement besoin de l'aide financière des flamands pour vivre, nous explique-t-il. Et même en cas d'éclatement du pays, les flamands sont prêts à continuer à aider les wallons. Ce que ne feront pas autant les Français. Cependant, le pouvoir appartient abusivement aux wallons, et la Wallonie est mal gérée. Il nous dit que le modèle scolaire flamand est l'un des plus performants au monde et que pourtant il coûte deux fois moins cher à l'Etat que celui des wallons, qui est moins bon... En tout cas, c'est très compliqué, et, pour lui, les hommes politiques actuels, choisis pour leur jeunesse ou parce qu'ils présentent bien n'ont pas l'expérience pour résoudre un conflit aux racines profondes.
Sur ces considérons géopolitiques, nous rejoignons notre tente, à l'ombre du gite, ancien presbytère accolé à l'église, pour un sommeil profond. Après deux nuits orageuses et une journée riche en émotion.
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