L'étape du jour est courte (14 à 15 kilomètres). Pas besoin donc de jouer les Rambos. Nous faisons une grasse matinée jusque 7 heures. Alors, nous prenons un petit déjeuner au village (à Limogne), où nous rencontrons Vincent et Claire, sa petite nièce. Vincent est frère franciscain à Besançon. Il emmène ses sept neveux, comme il l'avait fait trois ans auparavant, pour une randonnée sur le Camino de Santiago. Cette année, ils vont de Conques à Moissac (si ma mémoire est bonne). Suite à des ennuis de santé (de Claire notamment, la benjamine du groupe), ils mettent leurs gros sacs dans une voiture balai. Vincent est d'un ordre mendiant : ses neveux et lui dorment le plus souvent à la belle étoile sur une bâche ou sous un abris improvisé. Par exemple, la nuit précédente, ils ont été accueilli le soir par le prêtre dans le presbytère de Figeac. Leur plus gros problème est de trouver un point d'eau et d'arriver à se doucher régulièrement.
Claire (11 ans) et Vincent (Franciscain).
Après des achats au petit casino (le midi, nous mangeons généralement des tartines de pâté, une baguette chacun), c'est parti pour une randonnée assez tranquille. Nous sommes sûrs d'être là très tôt.
Nous faisons une halte à Bach (prononcer Bache) où nous chantons en polyphonie dans l'église (Gautier assure la voix de l'assemblée et Charles-Antoine la basse). Nous sommes rejoints par les 5 lorrains (Béatrice, Jean-Marie, Odile, Marylène, Chantale) et nous chantons de plus belle. Comme Béatrice et son mari s'arrêtent à Cahors et qu'ils ne feront pas étape à Vaylats, nous échangeons nos coordonnées.
Devant l'église de Bach, avec nos cinq compagnons lorrains.
Nous arrivons à Vaylats à 11 heures, de quoi surprendre l'hospitalier, Michel (de la Rochelle), qui avec une énergie débordante (malgré sa jeune soixantaine) gère seul le grand monastère des "filles de Jésus", une congrégation essentiellement locale et inspirée de Saint Ignace. Nous trouvons l'arrangement suivant : pour 9 euros, nous avons le repas du soir en compagnie des pèlerins et le petit déjeuner (en fait nous devions payer en plus le petit déjeûner, mais Michel nous l'a offert), le droit de planter notre tente sur un jardin annexe de l'abbaye et l'accès aux douches. Bref, nous et nos bourses, sommes heureux. Nous discutons à l'ombre d'un arbre de la cour avec Michel (dont je n'ai hélas pas de photo...) sur les GR de France : le GR 65 est postérieur au tracé du chemin de Saint-Jacques (il en reprend les grandes lignes), c'est le GR le plus fréquenté de France, d'assez loin. Puis viennent le chemin de Stevenson, le GR 20 en Corse et le GR 10 dans les Pyrénées. A Aumont d'Aubrac ajoute Vincent (le frère franciscain, qui s'arrête ici pour que ses neveux profitent des douches), 300 pèlerins par jour sont recensés pendant l'été. Ce dont on ne se rend absolument pas compte quand on marche (on revoit toujours ceux qui ont le même rythme que nous...)
Nous rencontrons ensuite un Frère Missionnaire des Campagnes (un ordre très rare, puisqu'il y a 125 frères dans le monde, qui comporte à la fois des prêtres et des frères, et qui a parfois du mal à rester à la campagne). Et c'est là que commence une très longue et troublante série de coïncidences : ce frère (en retraite à Vaylats) est de la paroisse de Xavier Cormary, un prêtre de la région d'Albi que connaît très bien Charles-Antoine et un peu Gautier !
Puis, comme c'était la fête dans le petit village de Veylats la veille au soir, nous croisons un habitant du village, d'un humour redoutable, qui était venu ranger les installations de la soirée. Il nous raconte qu'il y avait un aligot géant réalisé par un Auvergnat, qui se plaignait sans cesse que les convives mangeaient trop... "Olala, mais c'est qu'ils sont radins en Auvergne, nous quand on mange, on mange !". Avec, bien sûr, un accent inimitable (surtout par écrit). Très sympathique, il nous propose de nous offrir des restes du repas de la veille et revient avec du jambon de pays (voir photo dans la rubrique "vers Cahors") et une dizaine de parts de melon : nous avons trouvé notre déjeûner !
Les melons offerts (indirectement) par la municipalité de Veylats !
Nous partageons ce melon avec la joyeuse bande des cousins (deux groupes de frères et soeurs et la copine d'un des grands frères). Ils viennent de Bézier. Charles-Antoine parle de Diderot (et des autres livres au programme) avec Sophie, qui elle aussi rentre en khâgne et se spécialise en anglais (contrairement à Charles-Antoine, qui a choisi l'option histoire). Gautier en profite pour prendre une photo de ces cousins pas comme les autres.
Les 7 neveux de Vincent.
A 17h30 (ou 18h00), nous nous rassemblons dans la jolie église (en style réo-roman) du couvent. Après une messe un peu expédiée, nous assistons aux vêpres. Le sens du refrain d'un des psaumes est source de questionnement ("l'homme comblé est semblable au bétail qu'on mène à l'abattoir")...
En sortant des deux cérémonies, nous faisons une nouvelle rencontre marquante, celle de deux prêtres allemands (Roland et Alexander), timides en apparence (mais en apparence seulement !). Alexander parle bien français. Avec Roland, nous nous comprenons très bien en anglais. Nous discutons donc abondamment pendant le repas (lui aussi abondant) : on parle beaucoup de l'architecture des églises françaises (Vézelay, Chartres, Bourges) ce qui passionne CA, Gautier et Roland. Deux autres pèlerins se joignent à notre discussion. Il s'agit de Côme (dans les 25 ans) et de sa mère, venus du centre-ouest de la France, et qui ont une grande expérience de la marche (Côme connaît l'Annapurna, le Tibet, les Philippines...). Malheureusement, nous n'avons pas eu beaucoup de temps avec eux et nous n'avons pas de photos d'eux.
Roland (à gauche) et Alexander
A la tombée du soir, nous rencontrons deux autres frères missionnaires des campagnes, et la longue suite des coïncidences redémarre : - l'un deux connaît bien Marie-Thérèse Thill (avec laquelle Charles-Antoine est allé à Lourdes, dont la soeur fut la prof de maths de Gautier et Charles-Antoine en 4è et 3è, et dont nous parlions la veille) ! - l'autre connaissaît déjà Charles-Antoine qu'il avait croisé à Lourdes et se souvenait bien d'Isaure, la soeur de Gautier. Bref, nous avions gardé les cochons ensemble.
Comme nous avions longuement parlé avec ces deux frères, Michel, Roland, Alexander et Côme et qu'il se faisait tard, nous décidons de ne pas planter les sardines de la tente pour gagner du temps. Nous voyions quelques éclairs au loin, mais ils étaient tellement loin...  Mal nous en a pris, à 11h30, le vent commence à souffler fort, le tonnerre gronde et les éclairs interrompent la nuit. La tente ne tient que grâce au poids de ses deux occupants, qui sont tout occupés à tenir de l'intérieur le double toit qui ne tient que par 4 endroits aux arceaux, est gonflé comme une voile et menace de s'envoler ! Pendant une heure, jusqu'à minuit et demi, et tandis que la pluie s'abat sur la tente, nous n'osons pas en sortir et nous subissons l'orage... Nous pensons aussi à Vincent et sa bande qui avaient prévu de dormir dans une clairière sur une bâche un peu plus loin. Nous ne sommes peut-être pas les plus à plaindre !
Une partie de l'immense couvent des "filles de Jésus". XVIIè-XVIIIè siècle.
|